Avant de devenir whisky, gin, vodka ou liqueur aromatisée, tout alcool passe par un stade clé : le new spirit, parfois appelé new make spirit ou alcool éthylique neutre. Ce distillat à très fort degré, totalement incolore, est au cœur de l’industrie des spiritueux modernes. Pour vous, producteur, barman, œnologue ou simple passionné, comprendre la nature de ce new spirit, sa composition et ses procédés de fabrication permet de mieux maîtriser la qualité finale d’un spiritueux, mais aussi d’anticiper sa capacité à vieillir, à se colorer et à développer des arômes complexes.

Pourquoi ce cœur de distillation, si puissant en alcool, ressemble-t-il visuellement à de l’eau pure ? Comment l’industrie obtient-elle un alcool à 96 % vol. quasiment exempt d’odeur, de goût et surtout sans aucune coloration ? Derrière cette apparente simplicité se cachent des choix de matières premières, des technologies de distillation continue, des rectifications multiples et un contrôle qualité extrêmement rigoureux, encadré par la réglementation européenne. Pour qui souhaite créer une vodka premium, un gin haut de gamme ou une liqueur aromatisée stable et limpide, le niveau de maîtrise du new spirit est un facteur décisif.

New spirit : définition œnologique et positionnement dans la famille des spiritueux neutres

Dans une approche œnologique, le new spirit désigne l’alcool éthylique issu de la distillation de matières premières agricoles fermentées (céréales, betterave, mélasse, etc.), avant tout passage en fût ou aromatisation. Il se distingue de l’eau-de-vie prête à vieillir par un objectif clair : atteindre une neutralité aromatique maximale, une pureté chimique élevée et une totale absence de couleur. Typiquement, le new spirit destiné à la production de vodka ou de gin est obtenu à un titre alcoométrique d’environ 96 % vol., proche de l’azéotrope éthanol/eau.

Dans la famille des spiritueux neutres, il se situe à la base de nombreuses catégories :

  • vodkas « neutral grain spirit » avant réduction à 40 % vol. ;
  • gins modernes où le new spirit est redistillé avec des botaniques ;
  • liqueurs et crèmes de fruits, qui utilisent cet alcool neutre comme support aromatique ;
  • spiritueux composés (apéritifs, boissons aromatisées) recherchant limpidité et stabilité.

Contrairement à un distillat de whisky fraîchement sorti d’alambic, riche en congénères et en arômes de céréales, le new spirit industriel est conçu pour être le plus « invisible » possible au nez comme en bouche. L’enjeu est double : offrir une toile de fond neutre pour les arômes ajoutés, et garantir une couleur parfaitement incolore, même après réduction et stockage, grâce à une maîtrise poussée des paramètres physico-chimiques.

Composition chimique du new spirit : molécules d’éthanol, congénères et eau déminéralisée

Structure de l’éthanol et interaction avec l’eau dans un new spirit à 96 % vol.

Le composant principal du new spirit est l’éthanol, de formule C2H5OH. Sa structure comporte une partie hydrophobe (la chaîne éthyle) et une fonction alcool hydrophile (le groupement –OH). Dans un new spirit à 96 % vol., les molécules d’éthanol forment un réseau dynamique de liaisons hydrogène avec les molécules d’eau résiduelle. Ce mélange éthanol/eau constitue un azéotrope : au-delà d’environ 96 % vol., il devient physiquement impossible d’augmenter encore la concentration en alcool par simple distillation.

Cette micro-organisation moléculaire a des conséquences visibles. L’association régulière entre éthanol et eau produit un milieu homogène, sans particules en suspension ni phases séparées. Résultat : aucun phénomène de diffusion de la lumière par des particules solides ou colloïdales, donc un aspect limpide. Tant que le mélange reste constitué uniquement de ces deux composants majeurs, le new spirit conserve un comportement optique proche de celui de l’eau distillée, malgré un indice de réfraction légèrement plus élevé.

Congénères aromatiques résiduels : esters, aldéhydes et suppression par rectification

Lors de la fermentation, la levure produit, en plus de l’éthanol, une multitude de composés secondaires appelés congénères : esters, aldéhydes, alcools supérieurs, acides gras, composés soufrés. Certains de ces composés ont une couleur intrinsèque ou s’oxydent rapidement pour former des molécules chromogènes. D’autres confèrent des notes fruitées, florales ou solvantes, recherchées dans une eau-de-vie de whisky mais indésirables dans un alcool neutre.

La rectification en colonne permet de séparer ces congénères en jouant sur les différences de points d’ébullition et d’affinité pour la phase vapeur. Les fractions de tête (riches en aldéhydes) et de queue (riches en huiles de fusel) sont soigneusement éliminées. Plus le nombre de plateaux théoriques de la colonne est élevé, plus la séparation est fine et plus les congénères colorés et odorants disparaissent du cœur de coupe. C’est cette élimination massive qui conduit à un new spirit neutre, à la fois incolore et très peu aromatique.

Impact de la pureté de l’eau (osmose inverse, distillation) sur la neutralité et la couleur

Après distillation à 96 % vol., le new spirit est généralement stocké à haut degré, puis ultérieurement réduit à 40–45 % vol. pour la mise en marché (vodka, gin, spiritueux aromatisés). La qualité de l’eau utilisée pour la réduction joue un rôle déterminant dans la transparence visuelle et la neutralité gustative. Une eau obtenue par osmose inverse, déminéralisation ou distillation présente une très faible teneur en minéraux, métaux lourds et matières organiques susceptibles de troubler le produit ou de réagir avec l’alcool.

Une eau insuffisamment purifiée peut entraîner : formation de voiles à basse température, précipitation de carbonates ou sulfates, coloration légèrement jaunâtre liée à des composés organiques naturels. L’usage d’une eau ultra-pure, ajustée en minéralité avec précision, garantit la stabilité de la couleur dans le temps, même en présence de variations de température, de lumière ou de durée de stockage. Pour une vodka premium, ce paramètre est souvent mis en avant comme argument marketing.

Comparaison des profils analytiques entre new spirit, gin neutral spirit et vodka premium

Sur le plan analytique, un laboratoire mettra en évidence des différences nettes entre un new spirit industriel, un neutral spirit destiné au gin et une vodka premium prête à la mise en bouteille. Le new spirit brut, issu de colonne, affiche un profil dominé par l’éthanol, avec des congénères totaux généralement inférieurs à 10 g/hL d’alcool pur, dans les meilleurs procédés. Le gin neutral spirit se situe dans la même gamme, avant redistillation avec les botaniques.

La vodka premium, elle, présente souvent des teneurs en congénères encore plus basses, grâce à des filtrations supplémentaires (charbon actif, filtres à plaques, parfois microfiltration). Des valeurs de l’ordre de 1–3 g/hL d’alcool pur pour certains congénères volatils ne sont pas rares. Globalement, plus le profil analytique est « vide », plus l’alcool apparaît neutre et incolore, ce qui explique pourquoi les fiches techniques de vodkas haut de gamme insistent sur le caractère « rectifié » et « multi-filtré » de leur base alcoolique.

Procédés industriels de fabrication du new spirit incolore : de la fermentation à la rectification

Choix des matières premières : mélasse, blé tendre, maïs ou betterave sucrière

Le new spirit européen doit provenir d’une matière première agricole. Les distilleries utilisent principalement quatre grandes familles : mélasse de canne ou de betterave, blé tendre, maïs, et jus ou sirop de betterave sucrière. Le choix influe surtout sur le coût de production, l’empreinte environnementale et le profil de fermentation, beaucoup plus que sur la couleur finale, quasi inexistante après rectification.

Les sucres simples (mélasse, betterave) offrent des fermentations rapides et complètes, idéales pour un alcool neutre de grande série. Les céréales, elles, nécessitent une étape de saccharification enzymatique (amidon → sucres fermentescibles) mais peuvent valoriser des coproduits locaux. Dans tous les cas, l’objectif est identique : obtenir un moût riche en sucres fermentescibles, propre, sans contamination bactérienne, condition indispensable à un rendement élevé et à un profil de congénères maîtrisé.

Fermentation contrôlée : souches de saccharomyces cerevisiae et gestion des températures

La fermentation du new spirit repose presque toujours sur des souches sélectionnées de Saccharomyces cerevisiae, choisies pour leur tolérance à l’alcool, leur vitesse de fermentation et leur faible production de congénères indésirables. Une fermentation typique d’alcool neutre se déroule sur 24 à 72 heures, à des températures contrôlées (généralement entre 28 et 32 °C), avec un contrôle strict du pH et des nutriments azotés.

Une fermentation trop chaude ou mal oxygénée produit davantage d’alcools supérieurs et d’esters lourds, qui augmenteront la charge en congénères de la distillation. À l’inverse, une fermentation bien contrôlée réduit la quantité de composés à éliminer par rectification, ce qui améliore l’efficacité énergétique globale et la qualité de l’alcool neutre obtenu. Pour un producteur, un suivi analytique régulier du « wash » fermenté est un levier concret pour stabiliser le profil du new spirit.

Distillation continue en colonne type coffey ou colonne à plateaux perforés

La quasi-totalité du new spirit industriel est produite en distillation continue, dans des colonnes de type Coffey ou colonnes modernes à plateaux perforés. Contrairement aux alambics à repasse utilisés pour les eaux-de-vie de caractère (whisky, cognac, rhum traditionnel), ces colonnes permettent de séparer l’alcool et les congénères de manière continue, avec un très grand nombre de plateaux théoriques, parfois plus de 40 ou 50.

Le principe est simple : le moût fermenté est introduit en haut ou en milieu de colonne, tandis qu’un flux de vapeur d’eau monte par le bas. À chaque plateau, un équilibre liquide-vapeur se crée ; les composés les plus volatils (dont l’éthanol) migrent vers le haut, les plus lourds redescendent. En optimisant la température, la pression et le reflux, l’alcool se concentre progressivement jusqu’à atteindre le fameux palier de 96 % vol. C’est sur cette architecture technologique que repose la neutralité extrême du new spirit.

Rectification et redistillation multiple pour obtenir un alcool neutre incolore

La rectification constitue une étape supplémentaire, souvent réalisée dans une seconde colonne dédiée. L’alcool brut, déjà concentré, y est redistillé pour affiner encore le profil : élimination plus poussée des têtes (méthanol, aldéhydes légers) et des queues (huiles de fusel, acides gras). Certaines unités industrielles enchaînent même plusieurs colonnes spécialisées (dégazage, déméthanolisation, défurfuralisation) pour approcher un profil quasiment exempt de composés volatils secondaires.

Chaque redistillation augmente la pureté mais aussi le coût énergétique. Les producteurs doivent donc arbitrer entre performance organoleptique (alcool ultra-neutre, parfaitement incolore) et contraintes économiques. Dans la pratique, un équilibre se trouve autour de 96 % vol., avec des profils de congénères adaptés aux exigences des spiritueux cibles : plus sévères pour une vodka premium, plus tolérants pour un alcool de base destiné à des liqueurs très aromatisées.

Filtration sur charbon actif et traitement au froid pour stabiliser la limpidité

Une fois l’alcool rectifié, deux traitements complémentaires renforcent la transparence : la filtration sur charbon actif et le traitement au froid. Le charbon actif possède une très grande surface spécifique capable d’adsorber des traces de composés organiques colorés ou odorants. Une filtration lente, bien dimensionnée, lisse encore les dernières aspérités aromatiques et élimine des micro-impuretés qui pourraient altérer la limpidité.

Le traitement au froid (de l’ordre de -5 à -10 °C) permet de précipiter certains acides gras et composés susceptibles de former un voile à basse température. Ces précipités sont ensuite retenus par des filtres à plaques ou à cartouches. Ce tandem « froid + filtration » assure une stabilité visuelle remarquable : même placé au congélateur, un new spirit ou une vodka issue de ce procédé reste incolore, sans trouble ni cristallisation visible.

Pourquoi le new spirit est incolore : principes physiques, spectre lumineux et absence de chromophores

Absence de composés chromogènes et comportement du new spirit face au spectre visible

Sur le plan physique, la couleur d’un liquide dépend de sa capacité à absorber certaines longueurs d’onde du spectre visible. Un liquide apparaît incolore lorsqu’il transmet presque intégralement la lumière de 400 à 700 nm, sans absorption sélective marquée. C’est précisément le cas d’un mélange éthanol/eau pur : aucune des deux molécules ne possède de chromophores efficaces dans cette gamme de longueurs d’onde.

Dès lors qu’un new spirit est suffisamment pur, sans tanins, sans pigments végétaux, sans produits d’oxydation colorés, il ne présente pas de teinte perceptible. La très légère absorption dans l’ultraviolet, caractéristique de l’éthanol, reste invisible pour l’œil humain. Ce comportement optique explique pourquoi, même à 96 % vol., le new spirit ressemble visuellement à de l’eau de source, tant que les conditions de stockage n’introduisent pas de contaminants ou de produits d’oxydation.

Rôle des techniques de clarification (charbon actif, filtres à plaques, microfiltration)

Des techniques de clarification viennent renforcer cette incoloreité naturelle. Le charbon actif adsorbe les composés organiques susceptibles de s’oxyder en produits colorés à long terme. Les filtres à plaques retiennent les particules insolubles, fibres ou résidus issus des installations. La microfiltration, avec des seuils de l’ordre de 0,2 à 0,45 μm, élimine les colloïdes pouvant diffuser la lumière et donner un aspect opalescent.

Pour un producteur, ajuster finement ces étapes permet de trouver un compromis entre neutralité visuelle et préservation de la texture en bouche. Une filtration trop agressive peut donner une impression de « vide sensoriel », parfois décriée par les connaisseurs. À l’inverse, une filtration insuffisante expose à des risques de troubles, surtout si le spiritueux est dilué avec une eau plus minéralisée ou conservé à basse température.

Influence du degré alcoolique et de l’indice de réfraction sur l’aspect « eau pure »

Le degré alcoolique influence l’indice de réfraction du mélange. Plus la teneur en éthanol augmente, plus l’indice s’éloigne de celui de l’eau. Pourtant, cette différence ne se traduit pas par une couleur, mais par une modification subtile de la façon dont le liquide dévie la lumière. C’est ce phénomène qui explique les « jambes » sur le verre ou certains effets de loupe lorsqu’un spiritueux fort est observé en carafe.

Visuellement, un new spirit à 96 % vol. reste incolore, mais présente parfois un éclat légèrement différent, une brillance particulière notamment sous éclairage direct. Ce caractère « cristal » est souvent associé à une impression d’eau ultra pure. Après réduction à 40 % vol., l’indice se rapproche de celui de l’eau, ce qui accentue encore cette confusion visuelle. D’où l’intérêt, en dégustation, de se fier d’abord au nez et à la bouche plutôt qu’à la seule apparence.

Comparaison avec les colorations naturelles des whiskies, rhums et cognacs vieillis

La comparaison avec les eaux-de-vie vieillies en fût est particulièrement instructive. Un whisky ou un cognac commence sa vie sous forme de new make spirit incolore. La couleur apparaît uniquement après des mois ou des années au contact du bois. Les fûts de chêne libèrent des molécules telles que les tanins, les lignines dégradées ou les produits de toastage (furfural, vanilline, composés de Maillard), tous dotés de chromophores absorbant la lumière visible.

La couleur ambrée d’un whisky de 12 ans n’est pas une propriété intrinsèque du distillat, mais la signature visuelle de milliers d’interactions chimiques entre l’alcool et le bois au fil du temps.

Un rhum vieux ou un cognac XO doit ainsi sa robe dorée à acajou à ces mêmes processus d’extraction et d’oxydation. Sans bois, sans oxydation lente et sans éventuel ajout de caramel, un distillat même très aromatique reste transparent. La couleur devient donc un marqueur de style et d’âge, alors que le new spirit incolore garde la trace d’une production orientée vers la neutralité et l’efficacité.

Différences entre new spirit incolore et spiritueux vieillis : oxidation, extraction bois et e150a

Extraction de tanins, lignines et composés phénoliques dans les fûts de chêne (limousin, tronçais)

Les fûts de chêne français (Limousin, Tronçais) ou américains (Quercus alba) contiennent une grande diversité de composés phénoliques. Lors du vieillissement, le new spirit pénètre dans les couches superficielles du bois, dissout ces molécules et les ramène en solution dans l’alcool. Les tanins apportent structure et astringence, les lignines dégradées libèrent des notes vanillées ou empyreumatiques, et certains composés phénoliques colorés donnent progressivement des teintes jaunes puis ambrées.

La taille du fût, son niveau de chauffe (toasting, charring) et le nombre de remplissages successifs influencent la vitesse de coloration. Un fût neuf fortement chauffé colore un whisky ou un rhum en quelques mois, tandis qu’un fût de second ou troisième remplissage mettra plusieurs années à apporter la même intensité chromatique. C’est l’une des raisons pour lesquelles les distilleries gèrent des parcs de fûts complexes, jouant sur ces variables pour affiner la palette visuelle et aromatique de leurs spiritueux vieillis.

Rôle de l’oxydation lente et des réactions de maillard dans la coloration des eaux-de-vie

L’oxydation lente joue également un rôle majeur. À travers les pores du bois, une petite quantité d’oxygène diffuse dans le fût et réagit avec les composés du distillat. Des sucres résiduels, produits de dégradation du bois ou de la matière première, peuvent participer à des réactions complexes de type Maillard, générant des molécules brunes, proches de celles qui colorent les toasts ou le café torréfié.

Cette dimension oxydative explique pourquoi la couleur continue d’évoluer même dans des fûts déjà anciens. Un cognac de 30 ans présentera en général une robe nettement plus profonde qu’un 10 ans, toutes choses égales par ailleurs. Là encore, le contraste est frappant par rapport au new spirit incolore, dont la couleur n’évolue quasiment pas en cuve inox, en l’absence d’oxygène et de bois.

Ajout éventuel de caramel e150a dans les blends de whisky et rhums industriels

Dans certains cas, surtout pour les blends industriels, un ajustement de couleur est réalisé par ajout de caramel E150a. Ce colorant caramel, neutre en goût à faible dose, permet d’harmoniser la teinte entre différents lots, voire de foncer légèrement un whisky ou un rhum pour suggérer un vieillissement plus long. La réglementation autorise cet additif dans de nombreux pays, à condition de le mentionner lorsque la législation nationale l’exige.

La présence de caramel n’enlève rien à la qualité intrinsèque du spiritueux, mais brouille la capacité du dégustateur à lire l’histoire du vieillissement uniquement à travers la couleur.

À l’inverse, certains embouteilleurs revendiquent des whiskies « non colorés », ce qui suppose que la teinte observée provient exclusivement du contact avec le bois. Dans tous les cas, la comparaison avec le new spirit incolore rappelle que la robe d’un spiritueux est un paramètre construit, pas une donnée naturelle et immuable.

Trajectoire produit : du new spirit neutre au gin, vodka, liqueurs aromatisées

Pour un professionnel, le new spirit incolore n’est pas une fin en soi mais un point de départ. Une même base neutre peut donner naissance à :

  • une vodka, après réduction et éventuellement filtration supplémentaire ;
  • un gin, via redistillation en présence de baies de genièvre, agrumes, épices et plantes ;
  • des liqueurs aromatisées, par macération, percolation ou ajout d’arômes naturels et de sucre ;
  • des spiritueux composés (apéritifs, RTD, hard seltzers) misant sur une base neutre et incolore.

Cette polyvalence explique l’essor du marché mondial de l’alcool éthylique neutre, tiré à la fois par les vodkas premium, les gins artisanaux et les nouvelles boissons aromatisées à faible teneur en sucre. Pour vous, créateur de marque ou responsable R&D, maîtriser les caractéristiques de ce new spirit conditionne la cohérence sensorielle de toute la gamme, de la limpidité visuelle jusqu’à la perception en bouche.

Contrôles qualité et réglementation européenne autour de l’alcool éthylique neutre et du new spirit

Normes UE sur l’alcool éthylique d’origine agricole (règlement (CE) n° 110/2008)

En Europe, le cadre principal est fixé par le Règlement (CE) n° 110/2008 relatif aux spiritueux, récemment remplacé et actualisé mais toujours très proche dans ses exigences. L’alcool éthylique d’origine agricole doit répondre à des seuils stricts concernant la teneur en alcool (au moins 96 % vol.), la teneur maximale en méthanol, en esters, en aldéhydes et en impuretés volatiles. Ces spécifications ont été définies pour garantir non seulement la sécurité du consommateur, mais aussi la neutralité aromatique attendue d’un alcool de base.

Les distilleries européennes doivent ainsi démontrer, par analyses régulières, la conformité de chaque lot d’alcool neutre. Des laboratoires internes ou externes mesurent la concentration des principaux congénères, le titre alcoométrique volumique, la présence éventuelle de contaminants. Pour un producteur, respecter ces normes est un prérequis indispensable pour pouvoir utiliser la mention réglementée « alcool éthylique d’origine agricole » sur ses spiritueux finis.

Paramètres analytiques contrôlés : degré, métaux lourds, méthanol, composés volatils

Parmi les paramètres analytiques systématiquement contrôlés, plusieurs sont particulièrement critiques :

  1. le degré alcoolique réel, qui doit correspondre à la déclaration et se situer autour de 96 % vol. pour le new spirit brut ;
  2. la teneur en méthanol, très encadrée car toxique à partir de faibles concentrations ;
  3. la teneur en métaux lourds (cuivre, fer, plomb), issus parfois des installations ou de l’eau ;
  4. le profil en esters, aldéhydes, alcools supérieurs, évalué en g/hL d’alcool pur ;
  5. la présence de composés soufrés volatils, responsables de défauts olfactifs puissants.

Un suivi méthodique de ces critères, combiné à des actions correctives rapides (réglage de la distillation, renouvellement de filtres, entretien des colonnes), permet de stabiliser qualité et neutralité d’un lot à l’autre. Dans un contexte où les consommateurs comparent de plus en plus les vodkas, gins et liqueurs sur des critères de pureté, ce niveau de contrôle devient un véritable avantage concurrentiel.

Traçabilité des lots, HACCP et bonnes pratiques de fabrication en distillerie

Au-delà des normes analytiques, la réglementation européenne impose des exigences en matière de traçabilité et de sécurité alimentaire. Chaque lot de new spirit doit être identifié, avec mention de la matière première, de la date de fermentation, des paramètres de distillation et des traitements ultérieurs (filtration, réduction). Un système HACCP (Hazard Analysis and Critical Control Points) cartographie les points critiques : qualité de l’eau, gestion des produits de nettoyage, contrôle des températures de fermentation, etc.

Les bonnes pratiques de fabrication (GMP) complètent ce dispositif : entretien régulier des colonnes de distillation, inspection des joints et garnitures, nettoyage des cuves, formation du personnel à la manipulation d’alcool fort et aux risques d’explosion. Une distillerie qui maîtrise ces aspects limite non seulement les risques sanitaires, mais aussi les déviations organoleptiques susceptibles de modifier la couleur, le goût ou l’odeur du new spirit.

Étiquetage, appellations et mentions légales pour le marché français et européen

Sur le marché français et européen, le new spirit en tant que tel n’est généralement pas vendu au consommateur final. Il sert de matière première à des produits finis qui doivent respecter des règles d’étiquetage précises : mention de la catégorie de spiritueux (vodka, gin, liqueur, etc.), indication du titre alcoométrique volumique, liste des ingrédients lorsqu’il y en a (sucre, arômes, colorants), mention des allergènes éventuels.

Lorsque l’alcool éthylique neutre d’origine agricole est utilisé dans une boisson spiritueuse, ce statut doit être compatible avec la définition légale de la catégorie. Une vodka, par exemple, doit être obtenue par distillation et/ou rectification d’alcool éthylique d’origine agricole puis éventuellement traitée pour en affiner le profil. La clarté de ces mentions protège le consommateur, tout en valorisant les producteurs qui investissent dans des bases alcooliques de très haute qualité, parfaitement incolores et conformes aux exigences européennes.

Usages du new spirit incolore : base pour vodka, gin, liqueurs et spiritueux aromatisés

Pour un créateur de spiritueux, le new spirit incolore fonctionne comme une feuille blanche. Dans le cas de la vodka, l’objectif est souvent de conserver cette neutralité maximale, en travaillant sur des nuances de texture en bouche plutôt que sur des arômes marqués. Certains producteurs jouent sur la provenance de l’eau de réduction, la minéralité, la filtration finale, afin de proposer des profils sensoriels différenciés malgré une couleur identiquement transparente.

Le gin moderne illustre un autre usage stratégique de cette base neutre. En partant d’un new spirit très pur, il devient possible de mettre en avant, avec une grande précision, les botaniques choisies : genièvre, coriandre, agrumes, poivre, fleurs, plantes locales. La couleur du gin reste généralement incolore, sauf en cas de vieillissement en fût ou d’ajout de macérats colorés. Le new spirit agit alors comme un amplificateur d’arômes, sans apporter de biais visuel ni gustatif.

Les liqueurs et crèmes de fruits profitent également de cette transparence. Un alcool de base neutre garantit que la couleur finale provient exclusivement des fruits, des plantes ou des colorants additionnels, simplifiant le travail de formulation. Pour les spiritueux aromatisés récents (hard seltzers, boissons prêtes à boire à faible teneur en sucre), la demande porte souvent sur des produits quasi transparents, légèrement aromatisés et très stables en rayon : une cible parfaitement alignée avec les qualités intrinsèques du new spirit incolore.

Enfin, l’essor des microdistilleries et des marques de niche ouvre de nouvelles perspectives. En choisissant avec soin la matière première, la technologie de distillation et le niveau de purification, il devient possible de façonner des bases alcooliques sur-mesure : très neutres pour certaines gammes, volontairement plus « texturées » pour d’autres, tout en maîtrisant toujours la couleur. Dans ce contexte, la compréhension fine de ce qu’est un new spirit et des raisons de son incoloreité devient un véritable outil de création pour qui souhaite proposer des spiritueux innovants, lisibles et techniquement irréprochables.