Le rhum ambré intrigue autant qu’il attire. Entre transparence cristalline du rhum blanc et profondeur d’un vieux rhum de dégustation, il occupe une place singulière dans les bars, les caves… et les verres. Pour beaucoup de consommateurs, il représente le point d’entrée idéal vers l’univers des rhums de caractère : accessible, rond, mais déjà complexe. Si vous aimez les spiritueux qui racontent une histoire de terroir, de bois et de temps sans être trop techniques, le rhum ambré coche presque toutes les cases. Sa polyvalence en cocktails, sa perception de produit premium et la montée en puissance des maisons historiques contribuent à expliquer pourquoi il séduit aujourd’hui un public toujours plus large.

Profil aromatique du rhum ambré : entre rhum blanc et rhum vieux

Notes de dégustation typiques : vanille, caramel, fruits secs et épices douces

Sur le plan sensoriel, le rhum ambré se situe à mi-chemin entre la vivacité d’un rhum blanc et la complexité d’un rhum vieux. Vieilli en général entre 12 et 36 mois, il commence à s’imprégner du bois tout en conservant une belle fraîcheur de canne. Au nez, vous percevez souvent des notes de vanille, de caramel blond, parfois de miel léger. La bouche s’ouvre sur des arômes de fruits secs (amande, noisette), de banane mûre, voire de cacao doux.

Sur un rhum ambré de mélasse, le profil se fait plus gourmand : sucre roux, toffee, café léger, caramel tendre. Sur un rhum ambré agricole, la trame reste plus végétale, avec une signature de canne fraîche, d’herbes coupées et de fleurs blanches. Dans les deux cas, les épices douces (cannelle, muscade légère, poivre blanc) apparaissent rapidement, surtout lorsque le fût a déjà contenu du bourbon ou du sherry. Cette combinaison de rondeur et de tension explique pourquoi beaucoup de consommateurs décrivent le rhum ambré comme « facile, mais pas simpliste ».

Comparaison sensorielle rhum ambré vs rhum blanc agricole AOC martinique

Si vous avez déjà dégusté un rhum blanc agricole AOC Martinique, vous savez à quel point le registre aromatique peut être explosif : canne croquée, citron vert, notes végétales franches, parfois poivre. En comparaison, un rhum ambré martiniquais assagit ce côté « brut de canne » pour le fondre dans un ensemble plus rond. Les agrumes deviennent confits, la canne se fait plus douce, comme légèrement caramélisée.

Un rhum blanc agricole à 50° ou 55° peut paraître tranchant en bouche si vous débutez. Le même distillat passé 18 à 24 mois sous bois se transforme : l’attaque devient plus souple, l’alcool mieux intégré, la finale plus longue. Pour un Ti-Punch « bruni », utiliser un rhum ambré agricole AOC permet de garder la signature de la canne tout en gagnant en confort de dégustation. Pour un palais en découverte, c’est souvent un excellent compromis entre pureté du jus de canne et accessibilité.

Influence du terroir : profils aromatiques de la martinique, de la guadeloupe et de la jamaïque

Parler de rhum ambré sans évoquer le terroir serait réducteur. Un ambré de Martinique agricole ne se goûte pas comme un ambré guadeloupéen ou jamaïcain de mélasse. En Martinique, l’AOC impose des règles strictes sur la canne, la fermentation et la distillation. Résultat : des rhums ambrés tendus, précis, avec une belle acidité naturelle et une trame végétale nette, parfois citronnée. Des cuvées comme Clément ou HSE illustrent bien ce style.

En Guadeloupe, le profil aromatique du rhum agricole ambré se fait souvent plus solaire, plus exotique : fruits mûrs, canne sucrée, une touche saline sur certains domaines comme Damoiseau ou Longueteau. En Jamaïque, la donne change radicalement. Beaucoup de rhums ambrés sont issus de mélasse et de fermentations longues, riches en esters. Le résultat ? Des notes « funky » de banane très mûre, d’ananas, parfois de colle d’ester ou d’olive, même sur des ambrés relativement jeunes. Pour un amateur, comparer ces trois origines sur un même style de couleur permet de comprendre concrètement ce que veut dire « terroir » dans le rhum.

Analyse olfactive et gustative selon la méthode de dégustation WSET spirits

La méthode de dégustation WSET Spirits offre un cadre très utile pour analyser un rhum ambré. Visuellement, la robe se situe entre jaune doré et ambre clair ; plus le vieillissement est prolongé, plus les reflets tirent vers l’orange ou le cuivre. Au nez, l’intensité aromatique est généralement moyenne à prononcée, avec un bouquet dominé par le bois doux, la vanille et les notes pâtissières.

En bouche, la structure dépend du degré d’alcool, souvent entre 40 et 45 %. Un rhum ambré de qualité présente un équilibre entre douceur (apportée par la vanilline, le caramel naturel et parfois un léger dosage en sucre) et fraîcheur (acidité volatile, notes d’agrumes). La longueur en bouche est un excellent indicateur de qualité : un bon rhum ambré laisse persister vanille, fruits secs et épices plusieurs secondes après la gorgée. Utiliser ce type de grille sensorielle vous aide à comparer objectivement plusieurs bouteilles et à affiner votre palais.

Un rhum ambré équilibré se reconnaît à cette impression de cohérence entre nez, bouche et finale : rien ne domine, tout se répond.

Procédés de vieillissement et d’assemblage qui façonnent le caractère du rhum ambré

Rôle du fût de chêne : ex-bourbon, ex-cognac, ex-sherry et impact sur la couleur ambrée

Le fût de chêne est l’architecte silencieux du rhum ambré. La plupart des distilleries utilisent des fûts ex-bourbon américains, très présents dans l’univers du rhum. Ces barriques apportent vanille, noix de coco, caramel blond et une couleur ambrée lumineuse. D’autres maisons, notamment en Martinique ou en Guadeloupe, travaillent avec des fûts ex-cognac ou ex-armagnac, qui ajoutent des notes de fruits secs, de pruneau, et une texture plus grasse.

Les fûts ex-sherry (olorosso, pedro ximénez) se font de plus en plus fréquents dans certains vieillissements ou finish. Ils colorent davantage le rhum, tirant vers l’acajou, tout en apportant des arômes de fruits rouges, de figue, de raisin sec. Cette recherche de diversité aromatique s’inscrit dans la tendance actuelle des « finishes » multiples, très appréciés des amateurs en quête de cuvées singulières. Sur un rhum ambré, même un court passage de quelques mois dans ce type de fût suffit à transformer le profil.

Vieillissement tropical vs continental : effets sur l’évaporation, les esters et les tanins

Un rhum ambré vieilli sous climat tropical ne se comporte pas comme un rhum élevé en conditions continentales. Sous les tropiques, la chaleur et l’humidité accélèrent les échanges entre le spiritueux et le bois. L’« angel’s share » (part des anges) peut atteindre 8 à 10 % par an, contre 2 à 3 % en Europe. En pratique, un rhum de 2 ans en Martinique ou en Jamaïque peut présenter une maturité équivalente à 4 ou 5 ans passés dans un chai plus frais.

Ce vieillissement tropical intensifie la formation d’esters, ces molécules responsables des arômes fruités, et extrait plus rapidement tanins et composés du bois. En continental, la maturation est plus lente, plus progressive ; elle favorise souvent la finesse et la précision aromatique, ce qui explique le succès de certains embouteilleurs indépendants basés en Europe. Pour un consommateur, comprendre cette différence permet de relativiser les indications d’âge et de mieux interpréter un « 18 mois sous bois » en contexte tropical.

Assemblages signature : exemples de blends chez havana club añejo, saint james et diplomatico

Derrière la majorité des rhums ambrés se cachent de véritables travaux de blend. Chez Havana Club, la gamme Añejo repose sur l’assemblage de rhums de mélasse de différents âges, vieillis en ex-bourbon, pour obtenir un profil doux, légèrement fumé, très accessible pour les long drinks. Saint James, en Martinique, joue une autre carte : un rhum agricole ambré dominé par la canne, structuré, avec un élevage en fûts de chêne français qui apporte plus de sécheresse et de tension.

Diplomatico, au Venezuela, illustre la tradition hispanique des rhums ronds et pâtissiers. Son profil ambré est obtenu grâce à des distillats de colonnes et de pot stills, assemblés avec soin, puis complétés par une part de rhums plus âgés pour renforcer la complexité. L’assemblage devient alors un véritable outil de signature : c’est lui qui assure la constance de la cuvée d’année en année, malgré les variations de climat et de récolte.

Ajustements techniques : réduction, filtration au charbon actif et ajout éventuel de sucre ou caramel e150a

Entre sortie d’alambic (souvent autour de 70 % vol.) et mise en bouteille, un rhum ambré subit plusieurs ajustements techniques. La réduction consiste à abaisser progressivement le degré d’alcool en ajoutant de l’eau déminéralisée, souvent sur plusieurs semaines, afin de préserver l’harmonie aromatique. Certaines marques utilisent ensuite une filtration au charbon actif pour clarifier le rhum, lisser certains arômes ou retirer une partie de la couleur.

Deux questions sensibles concernent l’ajout de sucre et de caramel E150a. Le caramel sert parfois à homogénéiser la teinte ambrée d’un lot à l’autre, sans impact majeur sur le goût lorsqu’il est utilisé modérément. L’ajout de sucre, lui, vise à arrondir la bouche et renforcer la perception de douceur. La tendance actuelle du « no sugar added » pousse de plus en plus de producteurs à communiquer clairement sur ces pratiques, ce qui aide les consommateurs exigeants à choisir des rhums ambrés plus « secs » ou plus gourmands selon leurs attentes.

La transparence sur la réduction, la filtration et le dosage devient un critère clé pour les amateurs souhaitant comprendre ce qu’ils ont réellement dans le verre.

Typologies de rhums ambrés : tradition espagnole, anglaise et française

Rhum ambré de tradition espagnole (ron) : bacardi añejo, havana club 3 años, brugal añejo

La tradition dite espagnole, ou style Ron, se caractérise par des rhums ambrés généralement doux, légers et faciles d’accès. Bacardi Añejo, Havana Club 3 Años ou Brugal Añejo s’inscrivent dans ce registre. Distillés majoritairement en colonnes à haut rendement, ces rhums affichent un profil propre, peu marqué par les congeners lourds. Le vieillissement en ex-bourbon, souvent en climat tropical, apporte la couleur ambrée et des arômes de vanille, caramel clair, banane mûre.

Pour un usage en cocktails classiques comme le Cuba Libre ou le Mojito twisté, ce type de rhum ambré fonctionne parfaitement. Il offre suffisamment de caractère pour ne pas disparaître derrière le cola ou le citron vert, tout en restant souple pour le grand public. Pour un consommateur en phase de découverte, ces références constituent fréquemment la première marche vers des rhums plus structurés.

Rhum ambré de tradition anglaise : appleton estate signature, mount gay eclipse, pusser’s

Le style anglais, associé historiquement à la Jamaïque, la Barbade ou la Guyane britannique, propose des rhums ambrés plus charpentés. Appleton Estate Signature et Mount Gay Eclipse en sont deux exemples classiques : arômes de fruits cuits, d’orange amère, de chêne toasté, parfois une touche fumée. La présence de distillation en pot still renforce souvent la densité aromatique et la texture en bouche.

La maison Pusser’s, avec ses Navy Rums, perpétue la tradition des rhums fournis à la Royal Navy. Même en version ambrée, le style reste robuste, idéal pour des cocktails puissants comme le Navy Grog ou certains Zombies. Si vous aimez les rhums qui « parlent fort » dans un mélange, la tradition anglaise répond généralement à cette attente, sans nécessairement aller sur des profils aussi extrêmes qu’un high esters jamaïcain très vieux.

Rhum ambré de tradition française : clément canne bleue vieilli, damoiseau VO, neisson élevé sous bois

La tradition française se distingue par l’usage massif du rhum agricole, distillé à partir de vesou (pur jus de canne) plutôt que de mélasse. Un rhum ambré comme Clément Canne Bleue vieilli, Damoiseau VO ou Neisson Élevé Sous Bois met en avant la canne avant tout. La typicité se trouve dans ce registre végétal et floral : canne fraîche, herbes aromatiques, fleur d’oranger, parfois notes marines pour certaines distilleries.

Quelques mois à 3 ans de vieillissement suffisent pour adoucir l’attaque tout en conservant la personnalité du terroir. Sur ces références, l’ambré est souvent pensé à la fois pour la dégustation pure et pour le Ti-Punch bruni. Le rapport entre fraîcheur et bois confère une grande polyvalence, tout en préservant une identité antillaise forte.

Rhum de mélasse vs rhum agricole : impact de la matière première sur le profil du rhum ambré

Au-delà des traditions nationales, la vraie ligne de fracture réside entre rhum de mélasse et rhum agricole. La mélasse apporte une base plus caramélisée, plus pâtissière. Même après seulement 12 à 24 mois de fût, un rhum ambré de mélasse déploie des notes de sucre brun, vanille, fudge, café au lait. En bouche, la sensation de rondeur est immédiate, parfois accentuée par un léger dosage en sucre.

Le rhum agricole ambré, lui, repose sur un jus de canne plus aromatique dès l’origine. Le bois vient canaliser l’énergie végétale, polir l’alcool, mais ne gomme pas la trame de canne. En dégustation comparative, vous pouvez ainsi ressentir sur l’agricole une tension plus vive, une fraîcheur herbacée, là où un ambré de mélasse semblera plus « dessert liquide ». Choisir entre les deux dépend de votre palais : plutôt fruit exotique et herbes fraîches, ou plutôt caramel, vanille et pâtisserie ?

Usages en mixologie : la polyvalence du rhum ambré dans les cocktails classiques

Base de cocktails tiki : mai tai, zombie, navy grog et dark’n stormy

Dans l’univers tiki, le rhum ambré joue souvent le rôle de colonne vertébrale aromatique. Un Mai Tai authentique associe généralement un rhum ambré de style jamaïcain ou barbadien, pour apporter structure et notes de fruits cuits, à un rhum plus vieux ou plus funky. Dans un Zombie, les recettes historiques imposent un assemblage complexe de rhums blancs, ambrés et bruns, chacun apportant une couche de saveur.

Le Navy Grog, cocktail emblématique des marins, repose lui aussi sur un mix de rhums ambrés et bruns de tradition anglaise, boostés par des agrumes et du miel. Le Dark’n Stormy, enfin, met en scène un rhum ambré ou brun bermudien avec du ginger beer. Dans tous ces cas, l’ambré apporte ce qu’un blanc ne peut pas offrir seul : le bois, la vanille, la profondeur nécessaire pour résister à de puissants jus de fruits, sirops et épices.

Rhum ambré en long drinks accessibles : cuba libre, Ti-Punch bruni, punch planteur

Pour des long drinks du quotidien, le rhum ambré est un allié précieux. Un Cuba Libre gagne immédiatement en complexité si vous remplacez le rhum blanc par un ambré : la vanille et le caramel se marient naturellement avec le cola, tandis que le citron vert apporte l’acidité nécessaire pour équilibrer le tout. Le Ti-Punch bruni, réalisé avec un rhum agricole ambré, une rondelle de citron vert et un trait de sirop de canne, offre une alternative plus douce au Ti-Punch classique.

Dans un punch planteur, l’usage d’un rhum ambré apporte une base plus gourmande, surtout si le mélange contient des jus d’ananas, de goyave ou d’orange. Vous obtenez un cocktail plus rond, plus long en bouche, sans avoir besoin de surdoser le sucre. Pour un service en soirée, ce type de rhum ambré permet de proposer des boissons consensuelles, plaisant autant aux néophytes qu’aux amateurs.

Substitutions techniques : remplacer un rhum blanc ou vieux par un ambré dans les recettes

En mixologie, un rhum ambré peut servir de pont entre rhum blanc et rhum vieux. Remplacer le rhum blanc par un ambré dans un Daiquiri donne par exemple un cocktail plus chaleureux, proche d’un sour épicé, tout en restant très frais. Inversement, utiliser un ambré à la place d’un vieux rhum dans certains Old Fashioned allège le profil et rend le cocktail plus abordable pour un palais non habitué aux spiritueux très boisés.

Une règle simple peut vous guider : plus le cocktail est sec et spirit-forward, plus un vieux rhum ou un ambré très structuré s’impose ; plus il contient de jus de fruits et de sucre, plus un ambré « médian » suffit. Tester différentes substitutions permet d’ajuster le niveau de complexité à votre public, sans perdre la signature rhum.

Construction aromatique en cocktails : gestion du sucre, des agrumes et des amers avec du rhum ambré

Construire un cocktail avec du rhum ambré demande une attention particulière au sucre et aux agrumes. La plupart des rhums ambrés possèdent déjà une certaine douceur intrinsèque, surtout s’ils sont légèrement dosés. En conséquence, réduire légèrement la quantité de sirop de canne ou de liqueur sucrée évite d’alourdir le mélange. Une acidité bien calibrée, via citron vert ou citron jaune, est essentielle pour garder un équilibre.

Les amers (Angostura, orange bitters) jouent un rôle de liant. Quelques gouttes renforcent les notes d’épices douces déjà présentes dans le rhum ambré et ajoutent une dimension « cocktail de bar à cocktails » à des recettes simples. En mixologie, on peut comparer le rhum ambré à une corde médium sur un instrument : ce n’est ni la note la plus aigüe ni la plus grave, mais celle qui donne sa cohérence à l’ensemble.

Perception premium et storytelling des marques de rhum ambré

Packaging et codes visuels premium : bouteilles sérigraphiées, étuis, étiquettes vintage

La montée en gamme du rhum ambré passe beaucoup par le visuel. Bouteilles épaisses, verre fumé, étiquettes sérigraphiées, étuis cartonnés ou coffrets bois : les codes du whisky premium ont clairement inspiré l’univers du rhum. Cette esthétique contribue à installer le rhum ambré comme alternative sérieuse aux spiritueux traditionnels de dégustation. Dans les rayons, un habillage travaillé attire l’œil et justifie un positionnement de prix supérieur à l’entrée de gamme.

Les étiquettes vintage, inspirées des vieux registres de distillerie ou des affiches coloniales, jouent sur la corde de la nostalgie. Quand vous choisissez un rhum ambré en cave, ces éléments graphiques influencent fortement la perception de qualité, même avant la première gorgée. Pour beaucoup de consommateurs, le packaging fonctionne comme une promesse : celle d’un produit soigné, digne d’être offert ou exposé sur un bar domestique.

Storytelling autour des distilleries historiques : trois rivières, rhum JM, plantation rum

Au-delà de la bouteille, ce sont les histoires qui font rêver. Des distilleries comme Trois Rivières ou Rhum JM en Martinique mettent en avant leur ancrage séculaire, leurs champs de canne face à la mer, leurs chais en bois patinés par les alizés. Ce récit de terroir et de tradition renforce la dimension émotionnelle de la dégustation : vous n’achetez plus seulement un rhum ambré, vous vous offrez un fragment d’île tropicale et de savoir-faire ancestral.

Des marques comme Plantation (devenu Planteray sur certains marchés) développent un autre angle : celui des voyages et des assemblages, avec une mise en avant des origines multiples (Barbade, Jamaïque, Fidji…) et des vieillissements croisés. Pour un consommateur curieux, ce type de storytelling donne envie d’explorer, de comparer les cuvées et d’entrer plus profondément dans l’univers du rhum ambré.

Positionnement marketing intermédiaire : prix, segmentation “gold rum”, “añejo”, “élevé sous bois”

Sur le plan marketing, le rhum ambré occupe un segment intermédiaire stratégique. En grande distribution, les mentions « gold rum » ou « añejo » distinguent ces cuvées des rhums blancs basiques sans atteindre les tarifs des vieux rhums millésimés. En France, les termes « élevé sous bois » ou « rhum paille » signalent un vieillissement court, entre quelques mois et 3 ans, souvent autour de 15 à 25 euros la bouteille.

Ce positionnement permet au consommateur de monter progressivement en gamme. Entre un rhum blanc à 12 euros et un XO à plus de 60 euros, le rhum ambré joue le rôle de passerelle. Les marques l’ont bien compris et multiplient les références : éditions limitées, cuvées « small batch », blends signature. Cette segmentation fine répond à la tendance « boire moins mais mieux », très marquée chez les 25-45 ans.

Stratégies d’influence : bars à cocktails, concours type rhum fest paris, médailles et critiques spécialisées

Les bars à cocktails et les événements spécialisés participent fortement à la popularité du rhum ambré. Le Rhum Fest Paris, qui a récemment réuni plus de 150 marques de 45 pays, donne une vitrine exceptionnelle aux nouvelles cuvées. Médailles, notes de dégustation, « coups de cœur » de journalistes et de blogueurs influencent directement les choix des cavistes et des consommateurs avertis.

Dans les bars à rhums et speakeasies, les cartes valorisent souvent des références ambrées en dégustation pure ou en cocktails signature. En discutant avec un bartender passionné, vous découvrez des marques de niche, des embouteilleurs indépendants, des finitions originales. Pour un amateur, cette prescription par les professionnels est déterminante : un rhum ambré découvert dans un Old Fashioned revisité ou un Zombie parfaitement réalisé peut devenir une nouvelle référence à avoir absolument chez soi.

La reconnaissance obtenue dans les concours internationaux joue aujourd’hui le rôle d’un langage commun entre producteurs, bartenders et consommateurs exigeants.

Évolution des tendances de consommation et profils de consommateurs de rhum ambré

Essor du “rum enthusiast” et des communautés en ligne (rhum attitude, la confrérie du rhum)

L’émergence du « rum enthusiast » a profondément changé le paysage. Des communautés en ligne comme Rhum Attitude ou La Confrérie du Rhum rassemblent des milliers de passionnés qui échangent notes de dégustation, bons plans et analyses techniques. Le rhum ambré occupe une place centrale dans ces discussions, car il sert souvent de zone de rencontre entre débutants et experts.

Pour un nouveau consommateur, ces plateformes fournissent des repères précieux : classements, comparatifs, fiches détaillées avec origine, type de fût, taux de sucre éventuel. Pour les plus expérimentés, le rhum ambré devient un terrain de jeu pour explorer terroirs, traditions et méthodes de vieillissement, sans forcément investir immédiatement dans des flacons très onéreux. Cette dynamique communautaire entretient un cercle vertueux d’éducation et de curiosité.

Montée des demandes pour le “no sugar added”, le bio et les indications de vieillissement transparentes

Depuis quelques années, les attentes en matière de transparence explosent. De plus en plus de consommateurs recherchent des rhums ambrés « no sugar added », ou souhaitent au minimum connaître le niveau de sucre résiduel de la cuvée. Les mentions « bio », « agriculture durable » ou « zéro colorant » gagnent aussi du terrain, en cohérence avec une consommation plus responsable et plus consciente.

Les indications claires de vieillissement (âge réel, type de fût, durée du finish) jouent un rôle grandissant dans la décision d’achat. À l’image de ce qui s’est passé dans le monde du whisky, la clientèle informée n’accepte plus les formulations floues. Pour un producteur de rhum ambré, afficher ces informations devient un moyen puissant de se différencier et de gagner la confiance d’un public averti.

Différences de consommation par marché : france, espagne, États-Unis et europe du nord

Les habitudes de consommation de rhum ambré varient fortement selon les pays. En France, l’ancrage historique des Antilles françaises fait du rhum agricole ambré une référence naturelle, notamment pour le Ti-Punch bruni et les apéritifs. Les Français consomment le rhum autant en cocktails qu’en dégustation pure, avec un intérêt marqué pour les mentions AOC et les distilleries artisanales.

En Espagne et en Amérique latine, le style Ron léger domine, souvent associé à la mixologie festive (Cuba Libre, cocktails sucrés). Aux États-Unis, la montée de la culture tiki et des bars craft a redonné sa place au rhum ambré de tradition anglaise et jamaïcaine, plus caractériel. En Europe du Nord, l’intérêt se porte davantage sur les embouteillages indépendants, les single casks et les rhums sans sucre ajouté, reflet d’un public déjà très éduqué sur les spiritueux.

Rôle des bars à rhums et speakeasies dans la démocratisation du rhum ambré

Les bars à rhums spécialisés et les speakeasies jouent un rôle d’accélérateur dans la démocratisation du rhum ambré. En proposant des cartes classées par couleur, terroir ou style (espagnol, anglais, français), ces lieux permettent à chacun de construire un parcours de découverte cohérent. Commencer par un ambré accessible en Ti-Punch ou Cuba Libre, puis évoluer vers des ambrés agricoles plus structurés ou des Navy Rums plus intenses devient un véritable itinéraire gustatif.

Les ateliers de dégustation, les masterclasses animées par des ambassadeurs de marque et les soirées thématiques (Jamaïque vs Martinique, agricole vs mélasse) renforcent cette pédagogie. Pour vous, c’est l’occasion idéale d’apprendre à lire une étiquette, de comprendre ce que signifie « élevé sous bois », « VSOP » ou « single cask », et d’affiner vos préférences personnelles. À terme, ce travail de terrain contribue à installer durablement le rhum ambré comme un incontournable du paysage des spiritueux, à la croisée du plaisir immédiat et de la curiosité éclairée.