L’analyse sensorielle du whisky est bien plus qu’un exercice de dégustation agréable. Utilisée avec méthode, elle devient un véritable outil d’identification, permettant de reconnaître un style, une origine, un type de fût ou encore un degré d’alcool, simplement à partir de vos sensations. Pour un professionnel comme pour un amateur exigeant, maîtriser cette analyse sensorielle, c’est gagner en précision de vocabulaire, en confiance dans ses choix et en capacité à comparer objectivement plusieurs whiskies. Dans un contexte où la production mondiale explose – plus de 10 000 références permanentes sur le marché européen selon les derniers chiffres de la SpiritsEUROPE – cette compétence devient incontournable pour vous repérer dans la profusion d’embouteillages, d’éditions limitées et de nouvelles distilleries.

Définir l’analyse sensorielle du whisky : cadre méthodologique et vocabulaire expert

Grille d’analyse sensorielle normalisée : normes AFNOR, ISO 6658 et fiches WSET

L’analyse sensorielle du whisky s’appuie sur un cadre rigoureux, largement issu des normes AFNOR et de la norme ISO 6658 qui encadrent les méthodes d’évaluation des produits alimentaires et boissons. Concrètement, cela signifie que votre dégustation ne repose pas sur des impressions vagues, mais sur une grille structurée : analyse visuelle, olfactive, gustative, puis jugement global. Les grandes écoles comme le WSET ont adapté ces protocoles pour les spiritueux, en proposant des fiches d’évaluation standardisées qui vous guident pas à pas. En vous inspirant de ces méthodes, vous pouvez bâtir votre propre fiche de dégustation, avec des rubriques claires pour la couleur, l’intensité du nez, la structure en bouche ou la longueur de la finale.

Lexique des dégustateurs de whisky : nez, attaque, milieu de bouche, finale, longueur

Pour décrire un whisky de manière professionnelle, un vocabulaire précis est indispensable. Le nez correspond à tout ce qui est perçu par l’odorat, avant et pendant la mise en bouche. L’attaque désigne la première sensation gustative, dans les deux à trois premières secondes. Le milieu de bouche décrit ensuite la structure, le volume et la complexité aromatique lorsque le whisky se déploie sur le palais. La finale recouvre les sensations après l’avalement ou le crachage, tandis que la longueur – ou persistance aromatique – se mesure en secondes, parfois en dizaines de secondes pour les grands malts. Plus ce lexique devient naturel pour vous, plus il devient facile de comparer deux whiskies sans vous perdre dans des approximations.

Différences entre dégustation œnologique et dégustation de whisky (degrés, texture, dilution)

La dégustation d’un whisky reprend les grands principes de la dégustation de vin, mais avec des paramètres très différents. Le degré alcoolique, souvent compris entre 40 et 60 % vol., impose une gestion plus fine de la brûlure et de la dilution. La texture est en général plus glycérinée et plus dense que celle d’un vin, surtout pour les versions cask strength. La perception sucrée, elle, n’est pas liée au sucre résiduel mais à l’alcool, aux alcools supérieurs et à certains composés issus du fût. Là où un vin se déguste rarement avec ajout d’eau, un whisky gagne souvent en lisibilité aromatique avec quelques gouttes bien dosées, ce qui change complètement votre approche de la bouche.

Rôle de l’environnement de dégustation : verre glencairn, tulipe, lumière, température, neutralisation

L’environnement influence fortement votre capacité à reconnaître un whisky. Un verre tulipe ou un verre Glencairn concentre les arômes vers le nez, à l’inverse d’un tumbler trop ouvert qui les disperse. Une lumière blanche ou naturelle permet de juger correctement la robe, tandis qu’une pièce neutre, sans odeurs de cuisine, de parfum ou de fumée, protège votre odorat. Une température ambiante autour de 18–20 °C évite que l’alcool ne domine ou que les arômes ne se figent. Enfin, une bonne neutralisation entre deux échantillons – eau plate, pain blanc, crackers non salés – garantit une analyse sensorielle comparable d’un verre à l’autre.

Préparation technique de la dégustation de whisky : verrerie, température, dilution et ordre de service

Choix du verre de dégustation : glencairn, copita, NEAT et verres riedel spécifiques whisky

Le choix du verre conditionne directement la précision de votre analyse sensorielle. Le verre Glencairn s’est imposé comme standard : base large pour l’oxygénation, col resserré pour la concentration des arômes, prise en main confortable. Le verre Copita, d’inspiration sherry, reste la référence dans de nombreuses distilleries écossaises et irlandaises pour le travail des blenders. Des verres NEAT, au col plus évasé, ont été conçus pour limiter la brûlure alcoolique au nez. Certains fabricants comme Riedel proposent des verres spécifiquement calibrés pour les single malts, jouant sur l’épaisseur du buvant et le diamètre du col pour moduler la perception des arômes tourbés ou fruités.

Maîtrise de la température de service : single malt tourbé, bourbon, rye et whiskeys japonais

La température de service idéale se situe en général entre 16 et 20 °C, mais quelques nuances se dessinent selon les styles. Un single malt tourbé d’Islay supporte légèrement mieux une température un peu plus fraîche, autour de 16–18 °C, afin d’éviter une explosion trop agressive des phénols. Un bourbon riche en maïs, plus sucré et boisé, gagne souvent en rondeur autour de 18–20 °C. Un rye, plus épicé et vif, peut paraître tranchant s’il est trop froid. Quant aux whiskies japonais, souvent très subtils et floraux, ils se montrent plus expressifs près de 18 °C, où leurs arômes délicats se révèlent sans que l’alcool ne prenne le dessus.

Gestion de la dilution à l’eau : pipette, pourcentage optimal, révélation des esters et des phénols

La dilution contrôlée fait partie intégrante de l’analyse sensorielle du whisky. L’usage d’une pipette permet d’ajouter l’eau goutte à goutte, sans brutaliser la structure. La plupart des dégustateurs professionnels visent une dilution de 5 à 15 %, ce qui ramène un whisky à 46–60 % vers une plage plus confortable de 40–45 % vol. Chimiquement, la réduction de la force alcoolique libère les esters fruités et certains composés phénoliques, qui deviennent plus perceptibles. Il est fréquent de voir un whisky fermé au nez s’ouvrir spectaculairement après une simple goutte d’eau, révélant des notes de fruits tropicaux, de vanille ou de fumée auparavant masquées par l’alcool.

Ordre de service d’un line-up : du lowland léger au islay tourbé (auchentoshan, glenkinchie, laphroaig)

L’ordre de service joue un rôle clé pour reconnaître chaque profil sans saturer vos sens. Lors d’une dégustation comparative, commencer par les whiskies les plus légers et les moins tourbés constitue une règle de base. Un line-up cohérent pourrait par exemple débuter avec un Lowland doux comme Auchentoshan, se poursuivre avec un Speyside fruité, puis un Highland plus structuré, avant d’aborder les profils boisés de sherry cask, et enfin terminer avec un Islay tourbé comme Laphroaig. Ce crescendo aromatique évite qu’un malt fumé ne domine durablement votre rétro-olfaction et ne masque ensuite les whiskies plus délicats.

Nettoyage du palais entre deux whiskies : eau, pain neutre, crackers non salés

Entre deux whiskies, quelques gestes permettent de préserver la fiabilité de votre analyse sensorielle. Boire de l’eau plate à température ambiante rince les muqueuses et atténue la sensation d’alcool. Un petit morceau de pain blanc, sans croûte trop grillée, ou un cracker non salé contribue à « remettre le compteur à zéro ». Éviter les aliments gras, très sucrés ou épicés durant la session, car ils saturent les papilles et modifient profondément la perception des arômes. Cette discipline est particulièrement importante lorsque vous dégustez plus de quatre ou cinq échantillons à la suite.

Analyse visuelle du whisky : robe, viscosité et indices sur l’âge et le vieillissement

Lecture de la couleur : or pâle, ambre, acajou et influence du fût (bourbon, sherry, porto, mizunara)

La couleur du whisky donne des indices, mais rarement des certitudes. Un or pâle évoque souvent un vieillissement en fût de bourbon de premier ou de deuxième remplissage, ou un whisky relativement jeune. Une robe ambrée ou acajou suggère généralement un contact prolongé avec des fûts de sherry ou de porto, riches en composés colorants. Les fûts de chêne japonais mizunara peuvent apporter des reflets légèrement cuivrés et des teintes chaudes particulières. Selon les données de la Scotch Whisky Association, plus de 80 % des single malts écossais commercialisés aujourd’hui ont néanmoins subi, au moins en partie, une coloration au caramel, ce qui impose de rester prudent dans l’interprétation.

Observation des “jambes” ou larmes : viscosité, texture, indice sur le degré alcoolique et la sucrosité perçue

Faire tourner doucement le whisky dans le verre permet d’observer les « jambes » ou « larmes » qui coulent sur la paroi. Des larmes épaisses et lentes signalent souvent une texture plus huileuse, une plus forte teneur en alcools supérieurs et en composés lourds, parfois aussi un degré alcoolique plus élevé. Des larmes fines et rapides indiquent plutôt un profil léger et vif. Cette observation ne donne pas un chiffre exact, mais fournit un indice sur la matière en bouche et la densité perçue. Sur un line-up, cette comparaison visuelle permet déjà de repérer les whiskies les plus concentrés avant même la première gorgée.

Whisky filtré à froid vs non filtré à froid (non chill filtered) : impact visuel et sensoriel

La filtration à froid (chill filtration) vise à retirer certains acides gras et protéines susceptibles de troubler le whisky en dessous de 8–10 °C. Un whisky non filtré à froid (non chill filtered) pourra ainsi devenir légèrement trouble ou former un « voile » lorsqu’il est servi sur glace ou dilué. Visuellement, cette opalescence n’est pas un défaut, mais au contraire le signe que la texture originelle a été préservée. Sensoriellement, de nombreux amateurs constatent une bouche plus grasse, plus ample et une meilleure persistance aromatique sur les versions non filtrées, même si l’impact exact varie d’un produit à l’autre.

Reconnaître les ajouts de caramel e150a : indices visuels et croisement avec l’étiquette

Le colorant caramel E150a est autorisé dans la plupart des législations du whisky, à condition d’être mentionné sur l’étiquette lorsque la réglementation locale l’exige. Visuellement, il peut se traduire par une couleur uniformément brune, un peu « plate », sans variations de reflets. Un whisky très foncé malgré un âge modeste ou une maturation annoncée uniquement en fût de bourbon interroge souvent. Le meilleur moyen d’en avoir le cœur net consiste à croiser ces indices visuels avec les mentions « natural colour » ou « couleur naturelle » lorsque celles-ci figurent sur la bouteille. De plus en plus de distilleries communiquent d’ailleurs explicitement sur l’absence de colorant, en réponse à la demande des amateurs avertis.

Analyse olfactive du whisky : cartographier les arômes primaires, secondaires et tertiaires

Première approche du nez : intensité aromatique, volatilité de l’alcool, aération du whisky

La première prise de nez sert avant tout à évaluer l’intensité aromatique et la puissance de l’alcool. Approcher le verre progressivement, sans y plonger directement le nez, évite une sensation de brûlure parasite. Une intensité faible signale un whisky discret ou qui a besoin de temps pour s’ouvrir ; une intensité élevée révèle soit une grande concentration aromatique, soit une volatilité alcoolique importante. Quelques secondes de rotation dans le verre et une minute d’aération suffisent souvent à révéler de nouvelles couches. Pour un whisky à plus de 55 % vol., l’ajout d’une ou deux gouttes d’eau peut transformer radicalement le nez et rendre votre analyse bien plus précise.

Arômes fruités et floraux : esters de whiskies du speyside (glenfiddich, balvenie, glenlivet)

Les whiskies du Speyside comme Glenfiddich, Balvenie ou Glenlivet incarnent souvent le registre fruité et floral. Ce profil vient en grande partie des esters, composés formés lors de la fermentation et du vieillissement. Vous pouvez détecter des notes de pomme verte, poire, pêche, ananas, banane, agrumes confits, mais aussi de fleurs blanches, de bruyère ou de miel léger. Pour vous entraîner, un exercice simple consiste à comparer côte à côte deux Speyside réputés pour leur douceur fruitée : vous constaterez que chaque distillerie imprime une signature légèrement différente, malgré une base aromatique comparable.

Notes maltées et céréalières : profils de highlands, lowlands et irish whiskeys triple distillation

Les arômes maltés et céréaliers constituent la colonne vertébrale de nombreux whiskies. Ils évoquent le biscuit, le pain grillé, les céréales du petit-déjeuner, parfois la bière blonde. Dans les Highlands, ces notes se conjuguent souvent à un caractère miellé et légèrement épicé. Dans les Lowlands, elles restent plus légères, plus herbacées. Les whiskeys irlandais, souvent triple distillés, affichent fréquemment un profil très doux, crémeux, où le malt rappelle parfois la brioche au beurre. Ce socle céréalier sert de repère fiable pour distinguer un whisky de grain ou un blend très neutre d’un single malt plus expressif.

Signature tourbée et phénolique : islay (ardbeg, laphroaig, lagavulin) et régions fortement tourbées

La signature tourbée et phénolique est l’une des plus faciles à reconnaître, mais aussi l’une des plus polarisantes. Les malts d’Islay comme Ardbeg, Laphroaig ou Lagavulin développent des notes de fumée, de goudron, d’algues, de iode, parfois de caoutchouc ou de médicament. Ce caractère vient des composés phénoliques issus de la combustion de la tourbe lors du séchage de l’orge. Les analyses de laboratoire montrent que certains malts dépassent les 40 ppm de phénols, quand d’autres régions restent en dessous de 5 ppm. Rien qu’au nez, vous pouvez assez vite distinguer un Islay très tourbé d’un Highland légèrement fumé, tant l’intensité et la nature de la fumée diffèrent.

Aromatique liée au fût : sherry cask (GlenDronach), bourbon barrel (buffalo trace), mizunara (yamazaki)

Le type de fût imprime une signature aromatique très reconnaissable. Un vieillissement en sherry cask, comme chez GlenDronach, apporte souvent des notes de fruits secs, raisins, figues, dattes, chocolat noir, café et épices douces. Un bourbon barrel, typique des distilleries américaines comme Buffalo Trace, développe un registre vanillé, caramel, noix de coco et maïs sucré. Le chêne mizunara, utilisé notamment par Yamazaki, introduit des nuances exotiques de bois de santal, d’encens, de noix de coco délicate et parfois une touche d’épices orientales. Avec l’habitude, vous pouvez souvent deviner la famille de fûts utilisée avant même de lire la contre-étiquette.

Analyse gustative du whisky : structure, équilibre et reconnaissance des styles

Attaque en bouche : gestion de la brûlure alcoolique, perception sucrée et attaque aromatique

L’attaque en bouche constitue un moment critique pour l’analyse sensorielle. Une petite quantité de whisky, maintenue deux à trois secondes en bouche, suffit pour juger la douceur, la chaleur et la première vague aromatique. Si l’alcool brûle immédiatement, une dilution légère ou une deuxième gorgée plus petite peuvent améliorer la perception. Un whisky peut offrir une attaque sucrée (miel, caramel, fruits mûrs), neutre, ou au contraire sèche et épicée. Cette première impression oriente déjà vers un style : un bourbon moelleux, un rye poivré, un single malt sec et maritime ne se présentent pas de la même manière dès l’impact initial.

Milieu de bouche : structure, volume, onctuosité, perception tannique liée aux fûts de chêne

Le milieu de bouche révèle la structure et le « corps » du whisky. Certains malts restent légers, presque aériens, tandis que d’autres semblent volumineux, gras, enveloppants. Les fûts de chêne, surtout lorsqu’ils ont été fortement toastés ou lorsqu’il s’agit de chêne européen, apportent parfois une sensation tannique, une légère amertume boisée qui rappelle le thé noir ou le cacao. L’analyse de ce volume et de cette onctuosité aide à distinguer un whisky de grain, souvent plus neutre et plus mince, d’un single malt ou d’un bourbon richement structuré. C’est aussi à ce stade que les accords mets-whisky prennent tout leur sens, car la texture doit dialoguer avec celle du plat.

Finale et rétro-olfaction : longueur, persistance aromatique intense (PAI), évolution des notes fumées

La finale se juge autant par la durée que par l’évolution aromatique. Un whisky peut quitter rapidement le palais mais laisser un écho aromatique durable grâce à la rétro-olfaction, ce phénomène où les arômes remontent de la gorge vers la cavité nasale. Les malts tourbés montrent souvent une fumée qui semble s’étirer pendant de longues secondes, voire minutes, se transformant de feu de camp en cendre froide, puis en notes iodées. La persistance aromatique intense (PAI) constitue un critère majeur de qualité : les dégustateurs professionnels accordent davantage de valeur à un whisky à finale longue et complexe qu’à un whisky explosif au nez mais rapidement éteint en bouche.

Plus la finale est longue, précise et évolutive, plus le whisky témoigne d’une grande maîtrise de la distillation et du vieillissement.

Équilibre sucrosité/amertume/salinité : comparaison entre single malt écossais, bourbon et rye whiskey

L’équilibre des saveurs fondamentales – sucré, amer, salé, acide – se perçoit clairement sur un panel varié. Un single malt écossais classique, vieilli en bourbon cask, combine souvent une douceur maltée, une amertume boisée légère et parfois une pointe saline pour les malts côtiers. Un bourbon montre en général une sucrosité perçue plus élevée, avec peu de salinité et une amertume très modérée. Un rye exprimera davantage d’amertume épicée et une vivacité presque poivrée. En prêtant attention à ce trio sucrosité/amertume/salinité, vous distinguez aisément un style d’un autre, même à l’aveugle.

Identifier un cask strength vs un whisky réduit : signature gustative et gestion de l’eau

Reconnaître un cask strength – whisky embouteillé à son degré naturel de fût – fait partie des exercices les plus formateurs. Au nez, la puissance alcoolique est souvent plus marquée, même si certains malts cachent remarquablement bien leur degré. En bouche, la densité, la chaleur et la concentration aromatique constituent des indices majeurs. Un cask strength correctement dilué avec de l’eau révèle parfois davantage de couches et de détails qu’un whisky réduit en distillerie, car vous adaptez la force à votre seuil de confort. Un simple test comparatif entre un même malt en version standard et en version brut de fût illustre parfaitement cette différence de signature gustative.

Reconnaître les grandes familles de whisky grâce à l’analyse sensorielle comparative

Single malt vs blended scotch : repères aromatiques (johnnie walker, chivas regal, ballantine’s)

La distinction entre single malt et blended Scotch repose autant sur le profil sensoriel que sur la définition légale. Un single malt, issu d’une seule distillerie et uniquement d’orge maltée, présente en général une identité marquée, parfois plus tranchée. Un blend comme Johnnie Walker, Chivas Regal ou Ballantine’s vise au contraire un équilibre constant, une grande buvabilité et une palette plus consensuelle. Au nez et en bouche, un blend standard laisse rarement transparaître des extrêmes : peu de tourbe très agressive, peu de sherry très marqué, peu de sécheresse radicale. Cette « rondeur moyenne » devient un bon repère pour reconnaître un Scotch d’assemblage à l’aveugle.

Whisky écossais par région : speyside, highlands, islay, campbeltown, lowlands, islands

Même si les styles régionaux se sont largement diversifiés ces vingt dernières années, des tendances sensorielles persistent. Le Speyside reste majoritairement fruité, miellé et accessible. Les Highlands offrent un spectre plus large, du malt floral et léger au profil puissant, épicé et parfois légèrement fumé. Islay incarne la tourbe et la mer, avec ses notes médicinales, marines, goudronnées. Campbeltown, petite région historique, conjugue souvent le sel, la fumée douce et une certaine huileuxité. Les Lowlands proposent des whiskies plus délicats, herbacés et céréaliers. Les Islands (Orkney, Skye, Mull, Jura, Arran) jouent généralement sur un mélange de notes maritimes, de tourbe plus douce et de miel. En confrontant plusieurs régions lors d’une même session, votre bibliothèque sensorielle s’enrichit rapidement.

Bourbon et rye américains : marqueurs sensoriels du maïs, du seigle et du chêne américain (maker’s mark, wild turkey)

Les whiskeys américains se repèrent rapidement grâce à leurs matières premières et à l’usage systématique de fûts de chêne américain neufs et fortement bousinés. Un bourbon comme Maker’s Mark ou Wild Turkey exprime des notes de maïs sucré, de vanille, de caramel, de noix de pécan, parfois de pop-corn et de cola. Un rye augmente la proportion de seigle dans la recette (au moins 51 %), ce qui se traduit par des notes épicées intenses : poivre, cannelle, muscade, herbes sèches. La bouche apparaît souvent plus nerveuse, plus sèche. En dégustation comparative, cette différence maïs/seigle devient très facile à repérer dès que vous l’avez identifiée une première fois.

Whiskies japonais, irlandais et indiens : profils de nikka, hibiki, redbreast, amrut, paul john

Les whiskies japonais se distinguent par leur précision et leur équilibre. Des embouteillages de Nikka ou Hibiki mettent souvent en avant une grande pureté aromatique, avec des notes de fleurs, de fruits jaunes, de miel et parfois une tourbe très discrète. Les whiskeys irlandais, à l’image de Redbreast, jouent sur la douceur, la rondeur, des arômes de fruits rouges, de noisette, de miel et une texture crémeuse liée à la distillation en pot still. Les whiskies indiens comme Amrut ou Paul John, favorisés par un climat chaud, développent des profils intenses malgré un âge relativement jeune : fruits exotiques, épices puissantes, boisé marqué, parfois tourbe généreuse. Ces signatures géographiques élargissent votre palette de comparaison et affinent votre capacité à situer un whisky dans sa famille d’origine.

L’analyse sensorielle comparative, région par région et style par style, transforme progressivement votre dégustation en véritable carte mentale du whisky mondial.

Constitution d’une bibliothèque sensorielle : entraînement, outils et exercices pratiques

Utilisation de roues aromatiques du whisky (scotch whisky research institute, whisky magazine)

Pour structurer vos perceptions, l’usage d’une roue aromatique dédiée au whisky est un outil extrêmement efficace. Ces roues, élaborées par des organismes comme le Scotch Whisky Research Institute ou des publications spécialisées, répertorient les grandes familles d’arômes – fruits, fleurs, céréales, tourbe, épices, bois, etc. – puis les déclinent en descripteurs précis. En partant de la catégorie générale (fruité, par exemple), vous affinez progressivement : fruits blancs, pomme, poire, puis éventuellement une variété spécifique. Cette approche en entonnoir aide à dépasser le simple « fruité » ou « fumé » pour atteindre un langage plus nuancé, indispensable à une analyse sensorielle experte.

Ateliers d’olfaction avec arômes de référence : vanilline, phénols, lactones de chêne, composés soufrés

Les ateliers d’olfaction constituent un accélérateur spectaculaire pour votre mémoire sensorielle. Ils reposent sur des flacons d’arômes de référence – vanilline pour la vanille, phénols pour la fumée, lactones de chêne pour la noix de coco et le bois, composés soufrés pour les notes réduites ou « allumette ». En sentant ces références pures, vous ancrez mentalement des repères que vous retrouverez ensuite plus facilement dans vos verres. De nombreux programmes de formation professionnelle, y compris dans l’hôtellerie-restauration, intègrent désormais ce type d’exercice pour former les équipes à parler du whisky avec précision et assurance.

Dégustations comparatives verticales et horizontales : distillerie unique vs régions multiples

Deux formats de dégustation structurent idéalement votre progression : la verticale et l’horizontale. Une dégustation verticale réunit plusieurs expressions d’une même distillerie – par exemple un 10 ans, un 15 ans sherry cask, un cask strength limité. Cette approche vous montre comment l’âge, le type de fût ou le degré modifient un même ADN aromatique. Une dégustation horizontale, elle, compare des whiskies de styles ou de régions différentes à âge similaire : Speyside vs Islay vs Highlands, bourbon vs rye vs single malt, etc. En alternant verticales et horizontales, vous bâtissez une compréhension à la fois en profondeur (par distillerie) et en largeur (par style et pays).

Tenue d’un carnet de dégustation : notation, descripteurs précis, construction d’une mémoire sensorielle

Le dernier pilier de votre bibliothèque sensorielle reste la tenue d’un carnet de dégustation. Noter systématiquement la date, le nom du whisky, le degré, le type de fût, puis vos descripteurs visuels, olfactifs, gustatifs et votre appréciation globale crée une base de données personnelle unique. Une notation simple sur 5 ou 10 points pour le nez, la bouche et la finale vous aide à hiérarchiser vos préférences. En relisant régulièrement vos notes, vous identifiez des constantes : attirance pour les whiskies dorés et épicés, sensibilité aux phénols, préférence pour les fûts de sherry ou de bourbon. Ce travail patient transforme peu à peu chaque dégustation en une pierre supplémentaire ajoutée à votre mémoire sensorielle, rendant la reconnaissance des styles et des origines toujours plus fiable et plus naturelle.